De plus en plus de producteurs traditionnels et de start-up répondent à une demande croissante des consommateurs. La production décolle et la tendance s'installe.
Le vin sans alcool, encore sujet à moqueries il y a quelques années, serait-il en train de bousculer le monde feutré de l'œnologie ? On serait tenté de le croire, au vu du nombre d'entreprises qui se lancent dans ce créneau et du succès de certaines d'entre elles. La filière vin est en retard par rapport au secteur de la bière, très en pointe en la matière : les ventes de bières sans alcool sont en croissance constante depuis des années. Le monde des spiritueux n'est pas en reste. La raison de cette distorsion entre les différentes filières tient sans doute aux investissements considérables qu'exige la mise au point de nouvelles boissons. Des budgets de recherche ad hoc souvent inaccessibles pour la grande majorité des vignerons. Quoi qu'il en soit, la demande est là. « Nous sommes convaincus que nous répondons à une évolution sociétale », explique Rodolphe Frerejean-Taittinger. Il est déjà le copropriétaire d'une maison de champagne. Mais avec son épouse Maggie, une gastronome qui a longtemps travaillé pour le Guide Michelin, et la top model Constance Jablonski, il a créé la Maison French Bloom il y a un peu plus de trois ans.
« Mon épouse était enceinte, elle se sentait donc exclue de la fête, raconte Rodolphe Frerejean-Taittinger. Elle ne pouvait pas boire. De là est venue l'idée de créer un vin sans alcool aussi naturel que possible. » Une belle histoire.
À peu près au même moment, Coralie de Boüard, propriétaire et vigneronne à Saint-Émilion, reçoit une demande inattendue : « Elle provenait du club de football du PSG, qui voulait un vin sans alcool pour ses réceptions. J'ai relevé le défi et j'ai fini par produire 35 000 bouteilles de Prince Oscar, raconte-t-elle. Elle poursuit : Il y a une nouvelle génération de personnes qui boivent peu d'alcool, notamment les sportifs, car un verre de vin sans alcool compte environ 20 calories, soit cinq fois moins qu'un vin classique. Des couples américains me commandent des lots de 120 bouteilles. Un importateur à New York multiplie les demandes de palettes… »
Michael Paetzold, œnologue conseil à Bordeaux et ailleurs dans le monde, connu pour ses nombreuses innovations et brevets, explique : « Il y a vingt ans, je pensais déjà que cette demande de vins sans alcool allait arriver. J'étais un peu en avance, mais j'avais mis au point une technique de désalcoolisation qui a fait des émules. Et, depuis un an et demi, tout le monde veut faire du sans alcool. En France, les demandes émanent de tous les vignobles, mais aussi des microbrasseries de bière et des producteurs de cidre. C'est un mouvement de fond. » Il ajoute : « Les gens veulent toujours trinquer, et ce geste doit rester associé à une boisson culturelle, un vin, une bière, un cidre, mais sans alcool. Cela ouvre un nouveau marché qui va sans doute concerner aussi bien les vignerons que les grosses machines de l'agroalimentaire. »
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